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Les agences de publicité et les annonceurs
Quelques agences de publicité, apparues
dès les années 1970 en Yougoslavie, présentaient
des produits locaux et même des produits étrangers,
mais il sagissait alors davantage de propagande que de promotion.
A partir de 1989 et de la fin de la censure, les agences de publicité
ont fleuri dans les pays dEurope centrale et orientale. Très
vite, elles se sont associées avec les leaders internationaux
McCann-Erickson, Ogilvy & Mather, Young & Rubicam, Publicis
ou Euro-RSCG [1], ou ont été rachetées par
eux. Les chiffres daffaires et les tarifs sont en hausse régulière,
mais ils commencent à se stabiliser dans les marchés
les plus mûrs.
La publicité est encore essentiellement
réalisée dans les médias, cependant le hors-médias
prend une part croissante des budgets de communication. Les plus
importants annonceurs, tels que les Américains Procter &
Gamble et Coca-cola, le Néerlando-britannique Unilever ou
lAllemand Henkel se retrouvent invariablement dans tous les
pays dEurope centrale et orientale. Les firmes locales sont
rares aux premières places et limitent leur campagne à
leur marché dorigine, excepté celles qui sont
contrôlées par des capitaux étrangers comme
par exemple Skoda.
Lefficacité de la publicité
La publicité est considérée
en Europe centrale et orientale comme un fort stimulant à
lachat, notamment pour les lancements de produits ou de marques
occidentales. Dans un premier temps, les investissements publicitaires
furent très rentables [2], comme en ont témoigné
les succès commerciaux de la margarine Rama, des serviettes
hygiéniques Always ou des bières du brasseur Budweiser.
Cependant, si les premiers à sêtre fait connaître
bénéficient encore aujourdhui dun avantage
durable, il devient désormais plus difficile de gagner des
parts de marché grâce à la publicité,
voire même de rentabiliser une campagne, compte tenu de laugmentation
sensible des coûts de diffusion des annonces.
Selon des enquêtes de lagence tchèque
Incoma Praha de mai 2002, la publicité est le premier facteur
dachat pour environ 15 % des consommateurs, alors que ce chiffre
était près de deux fois plus élevé il
y a cinq ans [3]. Il faut également tenir compte du fait
quun consommateur séduit par une campagne de publicité
nest pas certain de trouver le produit. Du fait de latomisation
du secteur de la distribution, le produit sera en pratique disponible
dans moins de 25 % des points de vente spécialisés
dun pays donné.
Les législations se durcissent, notamment
pour la publicité à la télévision publique,
où le temps qui lui est réservé est strictement
limité. Ceci succède à des excès qui
ont existé par le passé, un hôtel ayant pu diffuser
en 1992 sur une chaîne nationale roumaine un spot pendant
cinq heures de suite. Les restrictions quant au contenu (protection
de la moralité, des enfants, etc.) évoluent quant
à elles avec lharmonisation européenne. Elles
sont strictes en Pologne et surtout en Slovénie où
les très influentes associations de consommateurs sont parvenues
à faire interdire toute publicité pour le tabac. En
Hongrie, le magazine féminin Cosmopolitan a lancé
une campagne de publicité en 1997 intitulée «
Le soutien-gorge favori d'une lectrice de Cosmopolitan » et
représentée par une femme au torse nu dont les seins
sont pris par derrière par des mains masculines. Considérant
cette publicité dégradante pour limage de la
femme et nuisible aux enfants, toutes les affiches de Budapest ont
été maculées et le journal a dû verser
une amende de deux millions de florins (10 000 dollars) à
l'autorité hongroise de protection des consommateurs FVF.
Pour être efficaces, les messages publicitaires
ne nécessitent pas le niveau de sophistication de ceux des
pays occidentaux, les consommateurs appréciant davantage
le côté humoristique ou distrayant dune publicité
que sa qualité technique ou son originalité. Grâce
à un spot télévisé très simple,
lAnglais SmithKline Beecham est-il ainsi parvenu à
quadrupler ses parts de marché entre 1995 et 1996 sur le
marché hongrois des produits de lutte contre lacné.
Pressé par larrivée imminente de Procter &
Gamble qui venait de semparer du marché polonais, le
directeur de lagence Grey de Budapest, en charge de la campagne
de la crème Oxy, avait refusé dutiliser le film
associé à ce produit en Angleterre. Pensant que les
Hongrois ne se reconnaîtraient pas dans un spot où
des mannequins se montrent démoralisés à cause
dune acné à peine visible, il a réalisé
un spot où de jeunes Hongrois tout à fait «
normaux » tiennent un discours de jeunes, à propos
dun problème de jeunes [4].
Une autre préoccupation pour tout message
publicitaire dans les PECO est dinformer. Par exemple, une
publicité pour un four à micro-ondes ou pour des services
bancaires doit fournir des renseignements précis sur ce que
ces produits apportent au consommateur. Dautre part, le principe
du comparatif insistant sur la nouveauté (ex : la nouvelle
Daewoo, le nouveau Sony...) savère efficace, ce qui
nest plus le cas dans les pays occidentaux. Enfin, certaines
publicités ont pu paraître absurdes par rapport aux
modes de vie et aux valeurs des PECO. La palme revient à
IBM pour sa campagne « Blue roses », qui ponctuait ses
spots du message « Bonne chance dans la marche vers la démocratie
». Pour finir, il faut ajouter que, pour de nombreux produits,
le plus important nest pas le message mais le cadeau qui va
avec. Par exemple, les publicités dans les magazines pour
Nescafé comportent généralement un coupon à
détacher qui permet dobtenir une tasse de la marque,
en contrepartie de preuves dachat dun certain nombre
de sachets de Nescafé.
La publicité globale, cest-à-dire
identique pour tous les pays, a pu fonctionner dans un premier
temps en Europe centrale et orientale, mais elle est désormais
dépassée, hormis pour les produits « non
affectifs » tels que les lessives. En théorie,
la solution la plus efficace serait dadapter sa campagne
publicitaire à chaque pays, mais dans la pratique les
coûts induits limitent cette alternative aux grands marchés
que sont la Pologne et la Russie
[5]. Les responsables de LOréal à Prague
ont ainsi été confrontés à un dilemme
lors de la sortie de leur parfum Naf-Naf, le spot publicitaire
habituellement utilisé avec ce produit comportant comme
star un petit cochon. Or, pour les Tchèques, le cochon
se mange, sent mauvais et, dans tous les cas, sassocie
difficilement avec un parfum. Après diverses études
de marché, les responsables de lOréal ont
décidé de conserver ce spot ; contrairement aux
attentes, le Petit cochon fut perçu très positivement
par les consommateurs et offrit une originalité au spot,
ce qui fit de Naf-Naf un des hits de lété
1997.
Les firmes qui souhaitent adapter leurs campagnes
aux marchés locaux retiennent généralement
une approche identique pour tous les PECO. Ainsi les afficheurs
Europlakat, Avenir et Portland recommandent à leurs clients
dutiliser un package unique pour les pays dEurope centrale
et orientale, ce que Michelin, Palmers ou Merck ont fait avec succès.
Considérée comme le marché le plus difficile,
la Hongrie sert souvent de banc dessai pour une campagne qui
est ensuite reproduite dans les pays voisins. Pepsi a ainsi testé
sur le marché hongrois sa bouteille de deux litres consignée,
puis celle-ci a été lancée dans tous les pays
dEurope centrale et orientale. Certaines firmes choisissent
une adaptation apparente par pays, comme par exemple IBM qui utilise
le même spot « Blue Roses » en Hongrie, Pologne
et République tchèque, mais avec une musique de fond
différente pour chaque pays, respectivement de Liszt, Chopin
et Dvorak.
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