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Les stratégies de distribution
En principe, la voie la plus courante pour écouler
ses produits sur des marchés étrangers est dexporter
vers un importateur ou, si lon dispose dune filiale
sur place, de vendre à un grossiste ou à une centrale
dachat dun grand distributeur. Dans les PECO, ces solutions
ne sont pas toujours satisfaisantes. Il est presque impossible dobtenir
un contrat dexclusivité avec un importateur : leurs
gammes sont étroites, leur fiabilité et leur pérennité
non garanties et beaucoup nacceptent de ne distribuer que
les nouveaux produits. De plus, rares sont ceux qui offrent des
retours dinformation sur les ventes et qui respectent les
accords sur les prix [1].
Afin de diminuer les risques, les fabricants ou
négociants occidentaux pratiquent le sell-to-many, cest-à-dire
quils nouent des partenariats avec plusieurs importateurs
ou grossistes, ce qui est envisageable lorsquil nexiste
pas de besoins de marketing ou de service après-vente
spécifiques. Dautre part, nombre dopérateurs
occidentaux possèdent leur propre système de distribution.
Ainsi, le groupe Delta, leader des glaces en Bulgarie,
emploie du personnel qui livre les produits, ce qui évite
les risques de détérioration ou de disparition,
mais également des spécialistes qui forment les
vendeurs pour leur apprendre à savoir présenter
et expliquer les caractéristiques des produits, tenir
un inventaire, recommander des achats, etc.
Les investisseurs étrangers introduisent
progressivement et avec plus ou moins de succès les techniques
de vente et les bases de la logistique. Certaines entreprises telles
que Danone fonctionnent en JAT (Juste à Temps) grâce
à un système dinformation et une organisation
performante, mais les contraintes sont nombreuses : interdiction
pour les camions de circuler le dimanche, faible nombre denseignes
acceptant les livraisons la nuit, etc. Le développement du
service après-vente, qui constitue une révolution
en Europe centrale et orientale [2] est quant à lui freiné
par le manque de compétences locales ainsi que par la réticence
des consommateurs à reconnaître lexpertise des
réparateurs agréés, ceux-ci exigeant souvent
les garanties constructeur. Le choix du canal de la grande distribution
nest pour linstant guère plus efficace pour diffuser
ses produits. Le secteur de la grande distribution est en effet
extrêmement atomisé avec peu de chaînes étrangères
et des milliers, voire des dizaines de milliers de petites enseignes
indépendantes dans chaque pays. De plus, les chaînes
sapprovisionnent essentiellement sur place, moins de 20 %
des produits dans les supermarchés et les hypermarchés
étant importés, tandis que 95 % environ des ingrédients
utilisés par les chaînes de restaurants tels que Mc
Donalds ou Pizza Hut sont achetés localement.
Les types de commerce
Les supermarchés et les supérettes
sont les principales formes adoptées par les investisseurs
étrangers, mais elles ne conviennent pas à tous les
marchés. Dans les pays baltes, les formes de distribution
les plus efficaces sont les magasins, tels que ceux des Norvégiens
Rema 1000 et Narvesen, et même les kiosques, comme ceux du
Finlandais Rautakirja en Estonie.
Les firmes disposant de produits de milieu ou
de haut de gamme telles que Yves Rocher ou Dior sont parfois contraintes
douvrir leurs propres magasins, car les grossistes sont surtout
spécialisés sur le bas de gamme. De plus, les consommateurs
préfèrent acheter leurs produits dans des enseignes
de marque, plutôt que dans un magasin dEtat ou dans
un hypermarché. La rentabilité des « flagships
» nest cependant pas toujours assurée, si lon
tient compte du coût des loyers pour des emplacements situés
dans le centre-ville des capitales. Ainsi faut-il compter au moins
80 dollars le m² par mois à Bucarest dans Magheru ou
sur la Calea Victorei, 70 à Vilnius sur Gedimino Avenue (à
partir de la cathédrale), 100 sur le rez-de-chaussée
du grand magasin Vaiku Pasaulis [3] et 110 dans Myslbek ou sur la
place Koruna, au bas de la place Venceslas à Prague. Dautre
part, certaines villes comme Sofia possèdent des réseaux
de tramways qui dégagent les centres-villes, dautres
comme Bucarest possèdent de grands boulevards surchargés
de voitures, ce qui nuit au commerce.
Certaines marques ont recours aux cessions de
licences ou aux franchises, notamment en Hongrie et en Pologne.
Ce type de distribution savère efficace en ce qui
concerne les hôtels de bas de gamme, la restauration rapide
ou certains services, mais son développement est freiné
par le fait que les investisseurs locaux manquent de capitaux.
Ainsi, en République tchèque, seuls deux restaurants
Mc Donalds sur quarante-quatre sont franchisés.
Dans certains pays des Balkans tels que la Bulgarie,
les franchises sont utilisées pour blanchir de largent
[4].
La vente directe
Alors que la vente directe représente 10
% des ventes de détail aux Etats-Unis et 3 % en France, elle
natteint pas 1,5 % dans la plupart des pays dEurope
centrale et orientale. Il existe des opportunités dans ce
domaine car latomisation du secteur de la distribution empêche
de toucher une large partie de la population par les moyens classiques
de distribution.
Dominée par les Allemands, la vente par
correspondance (VPC) connaît une demande soutenue. Son développement
reste cependant limité à cause des pratiques malhonnêtes
de firmes peu scrupuleuses, qui ont nui à la réputation
de ce secteur. Dautre part, le développement de la
vente directe est handicapé par les difficultés de
paiement, les cartes de crédit et les chèques étant
très peu diffusés auprès des populations. Enfin,
les services postaux sont souvent peu fiables, comme en République
tchèque où les paquets peuvent être dérobés,
perdus, abîmés ou livrés avec plusieurs semaines
de retard.
Le porte-à-porte a été développé
avec succès, notamment par des sociétés américaines
telles que Amway et Avon en Hongrie et en République tchèque.
La vente en porte-à-porte permet déviter les
problèmes de distribution et de moyens de paiement. De même,
les consommateurs ne souhaitant en général pas acheter
un produit quils ne connaissent pas, ils apprécient
de voir le produit et dassister à la démonstration
de son utilisation. Lessor du porte-à-porte est cependant
freiné par le fait que les revendeurs, pour lesquels il sagit
le plus souvent dun second emploi, manquent encore parfois
déthique.
Le marketing téléphonique est marginal
dans les PECO. Il souffre dune part de la mauvaise qualité
et de la faible quantité de lignes téléphoniques
fixes par foyer, la plupart étant des lignes partagées.
De plus, cette pratique est mal acceptée, car elle constitue
une intrusion dans la vie privée, qui nest pas sans
rappeler celle des écoutes des anciens services de renseignement.
La tendance actuelle est donc plutôt au développement
des numéros de contact info, de type numéro vert,
mais payant. Le téléshopping est rapidement devenu
très populaire, essentiellement grâce à lattrait
de la nouveauté, mais son essor est aujourdhui freiné
par le coût des annonces ainsi que par une certaine lassitude
du public.
Un nombre croissant dentreprises se lancent
dans la vente par Internet ou « e-commerce ». Les professionnels
du marketing insistent sur la nécessité de se préparer
aujourdhui à repenser le marketing, dans le sens où
ce nest plus le distributeur qui sadressera au client,
mais le client qui recherchera son information et visitera le site
du distributeur [5].
En 2000, 7 milliards de dollars de produits ont
été vendus dans les PECO par ce biais, mais il sagit
encore essentiellement de produits informatiques. Selon Isys, une
firme hongroise spécialisée dans l'informatique, la
Hongrie comptait en 2000 plus de 1 500 000 internautes, dont 10
% avaient déjà acheté par Internet. En termes
de connexions à Internet, les pays dEurope centrale
se situent à un niveau proche de celui de la France, qui
est même dépassée par lEstonie. Le développement
dInternet dans la région est freiné par le manque
de matériel et de lignes téléphoniques fixes,
mais le taux et la qualité des équipements progressent
rapidement, surtout dans les entreprises. Dautre part, le
développement est également axé sur lEthernet,
les PECO disposant de très larges réseaux câblés.
Tableau 4.2. Utilisateurs dInternet en Europe
(sélection de pays, mi-2002)
|
Pays
|
Pourcentage
de la population connectée à internet
|
|
Islande
|
70
|
|
Grande-Bretagne
|
45
|
|
France
|
28
|
|
Estonie
|
39
|
|
Hongrie
|
20
|
|
République tchèque
|
19
|
|
Slovaquie
|
18
|
|
Pologne
|
14
|
|
Roumanie
|
11
|
|
Russie
|
6
|
Source : NUA Internet surveys, ITU, 2003
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[1] Notamment, il est courant que les rabais
consentis par les producteurs dans lespoir daugmenter
les ventes soient réappropriés par les grossistes
et les distributeurs.
[2] Les gens ont toujours eu lhabitude
deffectuer eux-mêmes leurs réparations.
[3] Les loyers sont moins élevés
dans les capitales des autres pays baltes, à Tallin
et surtout à Riga.
[4] Il ny a guère que les agents
mafieux qui sont en mesure dinvestir des sommes allant jusquà
trois cent mille dollars plus six pour cent du chiffre daffaires
annuel, pour obtenir le droit douvrir des restaurants sous
le nom dune chaîne célèbre.
[5] On parle de marketing direct amont ou
marketing de la demande.
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