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La négociation est un des moments clés
des relations daffaires. Sa préparation nécessite
de connaître les partenaires dEurope centrale et orientale,
mais également de sinterroger sur la perception que
ceux-ci ont des Occidentaux. Pour ses voisins et partenaires habituels,
lhomme daffaires français est perçu plutôt
négativement, notamment comme arrogant, chauvin et protectionniste.
En revanche, limage quil possède dans les PECO
est globalement favorable, à linstar de lItalien,
ce qui lui confère un avantage de départ par rapport
à ses concurrents allemands, russes [5], belges ou suisses.
Dans la préparation de la négociation,
la première précaution est de sassurer que lon
traite avec la personne habilitée, ce qui nest pas
toujours aisé car les responsabilités au sein des
firmes dans les PECO ne sont pas clairement définies. Contrairement
aux rapports avec des représentants de culture à contexte
haut [6], les malentendus culturels sont improbables. En revanche,
les partenaires des PECO fonderont leurs décisions sur des
éléments que les Occidentaux jugent irrationnels.
Ils préparent peu leurs négociations et ne les structurent
guère. Bien souvent, le niveau de familiarité entre
les personnes qui négocient savère plus décisif
que les informations et les prévisions chiffrées apportées
au dossier.
Un maître-mot de toute relation avec une
firme dEurope centrale et orientale est la patience. Alors
que les Français, les Belges ou les Suisses souhaitent conclure
les contrats sans délai afin de rattraper au plus vite leur
retard par rapport à leurs concurrents allemands, autrichiens
ou italiens, les partenaires des PECO demandent des rendez-vous
suffisamment longs et nombreux, pour établir des rapports
cordiaux [7].
Dune manière générale,
les Centre-Européens préfèrent négocier
avec des partenaires qui leur ressemblent [8], qui respectent leurs
opinions et qui apprécient leurs pays et leurs coutumes.
Il convient donc de ne pas en venir directement à lobjet
de la négociation et déviter le formalisme excessif
qui caractérise les Français dans les relations daffaires.
Les compliments de toutes sortes, que les Occidentaux délivrent
peu, ainsi que lhumilité et le respect des titres (Madame,
Monsieur lIngénieur, le Directeur, le Docteur
)
seront très appréciés. On attend généralement
une certaine culture générale de linterlocuteur,
lerreur la plus grave étant de mélanger les
PECO [9]. Les cadeaux, de type invitation au siège de lentreprise
à Paris, pourront même emporter la décision,
à condition de ne pas les présenter sous une forme
proche de la corruption. Il faut en effet tenir compte de la fierté
du partenaire dEurope centrale et orientale, qui refusera
dêtre perçu comme inférieur ou en situation
de besoin financier par rapport à son homologue étranger,
sauf si des relations profondes ont au préalable été
instaurées.
La langue de travail
Malgré leur réputation de polyglottes, les Centre-Européens
possèdent des connaissances linguistiques limitées.
Selon un sondage Eurobaromètre de lUnion européenne,
56 % des personnes dun échantillon représentatif
de douze pays dEurope centrale et orientale ne parlent aucune
langue étrangère suffisamment bien pour pouvoir prendre
part à une conversation [10]. Ceci montre donc l'importance
de maîtriser la langue du pays lorsque l'on souhaite entretenir
des relations approfondies avec des partenaires locaux. D'autre
part, l'effort linguistique ou culturel du partenaire occidental
est toujours très apprécié, même lorsqu'il
s'agit de n'utiliser que quelques mots ou de marquer certaines coutumes
locales. Enfin, l'apprentissage de la langue ou au moins de la structure
de la langue du pays facilite la compréhension des modes
de raisonnement et des mentalités de ses habitants.
A défaut de connaître la langue du
pays, le russe n'est plus, contrairement à une idée
généralement acceptée, la langue étrangère
quil est nécessaire de maîtriser. Celui-ci arrive
dans le sondage Eurobaromètre en tête des langues étrangères
parlées avec 20 % des personnes interrogées [11],
mais il n'en est pas moins impopulaire et donc déconseillé
à utiliser. L'anglais et l'allemand se placent en seconde
position, avec 12 % de personnes comprenant l'un ou l'autre [12],
mais seul l'anglais est réellement utilisé dans les
affaires. Le français est quant à lui parlé
par 4 % des personnes de la région, en tête desquels
les Roumains (10 %) et les Albanais (7 %), ces derniers étant
par ailleurs les plus nombreux à parler litalien (29
%).
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[5] Les Polonais sont
ceux dans les PECO qui gardent le plus de ressentiment vis-à-vis
des Allemands et des Russes. Ils ont perdu toute confiance dans
leur « Grand Frère » depuis la révélation
officielle, plus de quarante ans après les faits, que le
massacre de quatre mille cinq cents officiers polonais à
Katyn en 1943 était le fait des troupes russes et non pas
des troupes allemandes, les premières étant pourtant
censées défendre leur allié polonais contre
les secondes. Quant à la germanophobie des Polonais, pour
en avoir un aperçu il suffit de citer un proverbe qui dit
: lorsque Dieu sest fâché avec les Polonais,
il a créé lAllemand.
[6] E.T. Hall distingue
les cultures à contexte haut, où la posture, le ton,
lexpression faciale, les silences et les gestes sont autant
porteurs de sens que les mots, et celles à contexte bas,
où lessentiel du message est exprimé par ce
qui est dit.
[7] Les heures idéales
pour les rencontres sont de huit heures du matin à quatorze
heures et en tout cas pas après seize heures, car la journée
de travail sarrête généralement avant
dix-sept heures, pour les dirigeants comme pour les employés.
Les repas daffaires sont peu pratiqués, si ce nest
des petits buffets au bureau.
[8] Bien que ceci tende
à satténuer et quils ne ladmettent
pas, les habitants de la plupart des pays dEurope centrale
et orientale font preuve dune méfiance plus ou moins
consciente et de préjugés défavorables vis-à-vis
des personnes dorigine asiatique, africaine ou arabe, y compris
lorsquelles sont françaises ou belges.
[9] Les peuples des
PECO sestiment généralement différents
de leurs voisins et souvent plus avancés que ceux de lest.
[10] Ces personnes sont
les plus nombreuses en Hongrie (79 %) et en Roumanie (78 %) et les
moins nombreuses en Lettonie (11 %), en Slovénie (13 %) et
en Lituanie (18 %).
[11] Cest dans
les pays baltes que le russe compte la plus forte proportion de
locuteurs : 80 % en Lituanie, 83 % en Estonie et 96 % en Lettonie.
Dans ces deux derniers pays, il est davantage parlé que la
langue du pays.
[12] Cest en République
tchèque (33 %), en Slovénie (30 %), en Slovaquie (19
%) et en Croatie (16 %) que lallemand est le plus répandu.
Cest en Slovénie (31 %), en Croatie (24 %), en Albanie
et en Estonie (22 %) que langlais est le mieux connu.
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