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La préparation de limplantation
Limplantation dans un pays dEurope
centrale ou orientale nécessite généralement
une longue phase de préparation, au niveau tant stratégique,
que juridique et pratique. Les agences locales de développement
des investissements étrangers telles que la PAIZ en Pologne,
Czechinvest en République tchèque ou lITD en
Hongrie, en partie financées par lUnion européenne,
offrent dans ce domaine une assistance de qualité.
Dans la plupart des PECO, les investisseurs étrangers
possèdent des droits globalement égaux à ceux
des locaux [1] et bénéficient même dincitations
à linvestissement. Notamment, les Zones Economiques
Spéciales, largement critiquées par lUnion européenne,
offrent toutes les infrastructures de base et diverses exemptions
de taxes et dimpôts pour les entreprises qui sy
implantent. Pour les plus gros investissements, des avantages similaires
sont prévus. A ce titre, le Parlement slovaque sest
inspiré des pratiques de ses voisins pour adopter début
1999 un amendement prévoyant une exonération partielle
pendant cinq ans de 75 % de limpôt sur les sociétés
pour les sociétés étrangères qui investiront
plus de 200 millions de couronnes (5,8 millions de dollars).
En dépit de ces incitations, la création
et la mise en marche dune société nécessitent
dans la pratique de remplir des formalités administratives
quasi-insurmontables. Les firmes petites et moyennes confient le
plus souvent cette mission à un intermédiaire local,
qui servira d « homme de paille ». Pour les plus
gros projets, le lobbying est presque inévitable mais risqué
lorsque lactivité nest pas confiée à
une firme locale spécialisée dans le domaine. Cest
notamment ce qui a été à lorigine de
léchec de limplantation du groupe Auchan en République
tchèque, ses dirigeants ayant provoqué un scandale
après avoir proposé des arrangements financiers à
des officiels tchèques, afin dobtenir la fin des problèmes
de propriété sur leurs terrains [2]. En vue dune
implantation, il est plus efficace dinsister auprès
des collectivités et des autorités locales sur les
effets induits par une nouvelle implantation en termes demploi,
de développement régional, etc. Cependant, il faut
reconnaître que les autorisations dimplantation sont
parfois attribuées de manière étonnante. Ainsi
les autorités tchèques ont-elles refusé à
K. Macht lachat dun second grand magasin, tandis quen
Pologne un supermarché a pu être inauguré à
une centaine de mètres du camp de concentration dAuschwitz.
Hors des capitales et des plus grandes villes,
les infrastructures et la main-duvre disponibles savèrent
en général insuffisantes au bon fonctionnement de
firmes modernes. La fonction dentreposage est un des points
délicats à maîtriser lors dune implantation
dans les PECO. Les entrepôts modernes étant rares et
donc chers, un nombre croissant de firmes construisent leurs propres
entrepôts plutôt que dexternaliser cette fonction
ou même dacheter ou de louer des surfaces de stockage.
Dautre part, limmobilier professionnel a désormais
atteint dans les capitales et les grandes villes dEurope centrale
et orientale des prix comparables à ceux des pays dEurope
de louest. Ainsi les prix des loyers professionnels à
Varsovie ont-ils été multipliés par trente
en termes réels entre 1989 et 1999.
Les rachats
Pendant longtemps, les implantations en Europe
centrale et orientale ont été réalisées
à travers le processus de privatisation des économies.
Les premières firmes proposées aux étrangers
lont été par appels doffres, ce qui a
donné lieu à de féroces batailles où
le vainqueur nétait pas toujours celui qui proposait
le prix le plus élevé mais celui qui offrait le meilleur
plan à long terme ou, parfois, celui qui avait conclu les
meilleurs « arrangements ». Dans la majorité
des cas, lopération de privatisation aboutissait à
la création dun joint-venture entre un ou plusieurs
investisseurs étrangers et un partenaire local, celui-ci
étant directement ou indirectement le plus souvent lEtat.
La forme du joint-venture satisfaisait les pouvoirs locaux, qui
conservaient un contrôle sur leurs meilleures entreprises
et profitaient des transferts de technologie. Les investisseurs
étrangers appréciaient également cette formule,
qui réduisait leurs risques dexploitation et leur permettait
de bénéficier de lexpérience de partenaires
locaux. Désormais, les joint-ventures ne concernent plus
quun dixième des IDE de la région ; on les retrouve
dans la construction, le secteur énergétique et minier
et lautomobile.
Lorsque lobjectif est de profiter de coûts
de production avantageux, lacquisition est la stratégie
la plus courante. Cette forme dimplantation touche principalement
la distribution ainsi que les productions industrielles telles que
la chimie, les télécommunications ou linformatique.
Depuis la fin des grandes vagues de privatisations [3], les gouvernements
des PECO favorisent les prises de participation et les rachats intégraux
des entreprises étrangères par négociation
directe avec les sociétés privatisées. Pour
que les affaires soient conclues, il importe que les offreurs garantissent
la stabilité de lemploi pendant une période
définie et quils ne négligent pas les employés
de lentreprise locale. Les dirigeants de Renault ont ainsi
été reboutés au dernier moment dans leur offre
de rachat de Skoda en Tchécoslovaquie. Alors que les Français
fêtaient leur « victoire » probable, les envoyés
de Volkswagen inspectaient les ateliers et discutaient avec les
syndicats.
Il est recommandé aux investisseurs étrangers
de prendre un maximum de précautions et dexiger des
garanties lors des rachats. Il est en effet possible que les documents
comptables qui servent de base de négociation comportent
une surévaluation de la valeur des firmes et surtout des
prévisions de croissance. Linvestisseur devra veiller
à se prémunir dans lacte dachat contre
tout engagement ou dette de lentreprise qui réapparaîtrait
après la conclusion de laffaire. Outre des coûts
de mise aux normes européennes généralement
supérieurs aux estimations, la pratique a également
montré que les différents services fiscaux ou dinspection
du travail se manifestent souvent peu de temps après le rachat,
même sils nétaient pas passés dans
lentreprise pendant des années.
Les créations ex nihilo
Les privatisations fournissant un nombre limité
dopportunités, par ailleurs pas toujours ouvertes aux
investisseurs étrangers, la création de filiales peut
constituer une solution de substitution.
La forme dimplantation la plus légère
est le bureau de représentation, mais son utilité
est limitée car il ne peut en principe pas exercer dactivité
commerciale. Lorsque la concurrence est modérée ou
que le prix nest pas le motif dachat prépondérant,
les filiales de commercialisation constituent la meilleure formule.
De manière étonnante, la région de Vienne en
Autriche ou divers emplacements en Allemagne [4] sont souvent préférés
aux implantations en Europe centrale, ce qui permet de contourner
les problèmes administratifs, linguistiques, logistiques
ou relatifs à la propriété [5]. Dans certains
secteurs tels que les activités manufacturières, la
haute technologie, le commerce, la finance ou lhôtellerie,
la création de filiales de production dans les PECO est fréquente.
Les succès sont parfois spectaculaires, tels que celui de
lAllemand Tchibo qui est parvenu à créer à
Varsovie une brûlerie de café ultra-moderne couvrant
le monde entier, mais des difficultés de management émergent
couramment.
Les partenariats
Les partenariats entre firmes dEurope de
lOuest et de lEst, généralement sous la
forme de joint-ventures, ont été jusqualors
consacrés par un grand nombre déchecs [6].
La cause la plus fréquente est le comportement
de « poids mort » du partenaire local, qui est souvent
une firme détenue directement ou indirectement par lEtat
et donc moins intéressée par la rentabilité
que par des buts politiques. Cest notamment le cas de lEtat
polonais, présent dans le capital de la plupart des trois
mille joint-ventures du pays, et qui savère un actionnaire
imprévisible et opposé aux changements organisationnels
et aux réductions deffectifs.
Le second élément générateur
déchecs est dordre culturel. Trop souvent, les
Occidentaux se présentent en experts venant diffuser un savoir
et imposer leurs vues. Or, sur le terrain, leur supériorité
technique nest pas toujours démontrée. Dautre
part, les investisseurs étrangers manquent de connaissance
sur leurs interlocuteurs locaux, qui ont une conception de lentreprise
et des affaires totalement différente. Enfin, léthique,
si nécessaire à linstauration de la confiance
dans les relations daffaires, est généralement
faible en Europe de lest. Nombre dentrepreneurs locaux
conçoivent léconomie de marché comme
une jungle et poursuivent comme objectif la recherche denrichissement
rapide. En prenant lexemple de la Roumanie, M. Monthubert-Lancereau
[7] insiste sur lurgence délaborer un code des
affaires.
Les partenariats solides basés sur des
échanges de services et dinformations nexistent
quau sein des réseaux familiaux ou avec les anciens
partenaires de lentreprise, qui peuvent pourtant en être
les concurrents. A légard de leur partenaires occidentaux,
les entrepreneurs des PECO sont capables de divulguer des informations
confidentielles à leurs concurrents ou de remettre en cause
du jour au lendemain un accord [8]. Il est donc indispensable de
prévoir du temps et des solutions de rechange. Bien que leur
force contraignante soit limitée, les contrats seront de
préférence stricts, avec de nombreuses garanties.
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[1] Des restrictions
existent cependant pour la propriété immobilière.
A titre dexemple, larticle 68 de la constitution slovène
fixe linterdiction pour les étrangers d'acquérir
des terres. Ces réglementations sont cependant en voie de
disparition, compte tenu de la mise en conformité des droits
dans les PECO avec les exigences de lUE. De plus, ces lois
ne sappliquent en principe que pour les personnes physiques
étrangères et non pour les sociétés
locales, même détenues par des capitaux étrangers.
[2] Si laffaire
a été hypocritement jugée scandaleuse par le
Parlement et par le gouvernement tchèques, la principale
erreur dAuchan semble être davoir voulu montrer
sa supériorité financière dans les négociations.
[3] Les dernières
grandes opérations de privatisation concernent surtout les
pays dEurope orientale. Les firmes proposées, généralement
peu rentables et endettées, ne trouvent pas toujours de repreneurs.
[4] Les sociétés
étrangères installées en Allemagne sont membres
de fait des CCI allemandes, ce qui leur permet de bénéficier
des mêmes aides et conseils que les sociétés
locales et accroît donc sensiblement leurs chances de réussite
dans les PECO.
[5] Les autorités
vendent parfois aux investisseurs étrangers des emplacements
alors que des demandes de restitution ont été posées
et non encore traitées.
[6] Le cabinet DKM Salustro
Reydel constatait jusquen 2000 un taux de mortalité
de 80 % des PME françaises en République tchèque.
[7] M. Monthubert-Lancereau,
Marketing international à lEst : Le paradoxe roumain,
Revue Française de Marketing, n° 160, pp. 17-32, 1996.
[8] Il sagit par exemple daugmenter
à la suite dune hausse de la demande le prix de vente
fixé ou bien de renoncer à lobligation dexclusivité
qui leur a été imposée.
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