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Les acteurs locaux
Sous le communisme, les circuits de distribution
étaient organisés à deux niveaux : les centrales
dachat et les grossistes, qui possédaient le plus souvent
un monopole, et les détaillants chez qui les achats étaient
en principe rationnés. Il existait également des coopératives
de distribution privées dans certains pays tels que la Hongrie,
afin datteindre les campagnes ou les zones non desservies
par des détaillants. Quant aux célèbres queues
dans les magasins aux étagères vides, elles constituent
un mythe largement exagéré, du moins pour lEurope
centrale. Les pénuries étaient très variables
selon les époques et les pays et les queues résultaient
essentiellement de problèmes dorganisation. La plupart
des biens de consommation courants étaient disponibles, des
grands magasins étant même construits dans les années
1970, comme le célèbre Kotva à Prague. Dautre
part, il était possible dacheter dans des magasins
dimportation [1] et bien sûr au marché noir.
La privatisation du commerce au début des
années 1990 puis la disparition du monopole du commerce extérieur
en 1991 ont entraîné une multiplication des acteurs
dans le domaine de la distribution, ainsi que du nombre de magasins,
stands et marchés. Hormis dans certains pays tels que la
Slovénie [2], le secteur de la distribution en Europe centrale
et orientale est désormais extrêmement atomisé.
Ainsi, en Slovaquie, le Britannique Tesco était en 1998 le
leader du marché avec un chiffre daffaires de 4,2 milliards
de couronnes slovaques, soit un peu moins de 120 millions dEuros,
mais seulement 1,6 % de parts de marché.
Avec 100 000 unités, la Pologne est le
premier pays en Europe en termes de nombre de magasins par habitant.
Il faut cependant tenir compte du fait que 75 % dentre eux
possèdent une surface de vente de moins de 50 m² et
que la croissance du commerce seffectue essentiellement dans
des bazars qui proposent en vrac des produits étrangers et
nationaux tels que des vêtements, des chaussures, des denrées
alimentaires, etc. [3]. Un phénomène comparable se
retrouve en République tchèque avec lémergence
dans les villes de plus de 1 000 habitants de marchés en
plein air détenus et organisés par des Asiatiques,
essentiellement des Vietnamiens. Cette forme de commerce satisfait
les consommateurs locaux car ils y trouvent des avantages en termes
de prix, mais moins les autorités, compte tenu du faible
respect par ces commerçants des obligations en termes de
droits de douanes, de TVA ou même de simple autorisation dexercer
le commerce.
La rationalisation du secteur de la distribution
Dune manière générale,
la multiplication des points de vente a résulté dinitiatives
individuelles qui ne répondaient pas directement à
la demande. Loffre se compose essentiellement de petits magasins
alimen-taires, parfois rattachés à des coopératives
comme en Hongrie, peu rentables et mal gérés [4].
Ces magasins offrent un choix de marques limité ainsi quune
qualité de service souvent insuffisante, tant au niveau de
lamabilité et de la considération envers le
client que du respect des engagements et des délais. Ils
tendent aujourdhui à disparaître ou à
se spécialiser dans des activités plus porteuses telles
que les livres, la musique, etc. Nombre de petits magasins survivent
également grâce à leurs horaires tardifs, voire
même au 24 heures sur 24 et à louverture pendant
le week-end.
Un fort mouvement de rationalisation touche tous
les acteurs locaux de la distribution, des grossistes aux détaillants,
en passant par les chaînes. Du fait de moyens et dune
capacité dinvestissement limités par rapport
à la concurrence étrangère, la plupart des
opérateurs nont pas survécu aux liquidations,
fusions et acquisitions. Il faut cependant noter la réussite
du Tchèque Interkontakt qui a dominé le marché
de la distribution en République tchèque avec un chiffre
daffaires de 13,1 milliards de couronnes tchèques (400
millions de dollars) en 1997, tandis quil était bien
placé en Slovaquie et présent en Pologne et en Hongrie.
Sa stratégie se fondait sur sa connaissance des marchés
locaux ainsi que sur lexpertise de ses partenaires occidentaux,
comme par exemple le Norvégien Rema 1000.
Les supérettes
et les supermarchés
Dès la fin de lannée 1990,
le Belge Louis Delhaize racheta le grossiste dEtat hongrois
Duna Füszert pour en faire une entreprise de détail
sous lenseigne Profi pour le discount et Duna pour le Cash
& Carry. Les trois quarts du personnel furent reclassés
du siège vers les points de vente. En Pologne, le premier
investisseur fut la chaîne allemande de supermarchés
Billa, qui créa en 1991 à Katowice un magasin-test
de 2 000 m² avant de sétendre dans toute lEurope
centrale, et même en Roumanie, contrairement à ses
concurrents. En Tchécoslovaquie, lAméricain
K-Mart avait acquis en 1992 treize grands magasins Prior pour 101
millions de dollars, mais, après avoir engagé 50 millions
de dollars de dépenses, il les a revendus en 1996 pour 120
millions de dollars au numéro un britannique Tesco [5]. Parmi
les autres pionniers, il y eut lAutrichien Julius Meinl en
Hongrie et Tengelmann en Hongrie puis en Pologne.
Les grandes chaînes de détaillants
sétendant principalement en Europe centrale, des
opportunités existent pour les investisseurs de second
rang dans le reste des PECO. En Bulgarie,
le Libanais R. Stambouli a ainsi créé lenseigne
à succès Bonjour !, tandis que la chaîne
belge dalimentation Iki a pu simplanter en Lituanie,
marché très atomisé (15 000 points de ventes)
et peu ouvert aux étrangers, avant dêtre
suivie par le Norvégien Rema 1000 et par le néerlandais
Spar.
Les hypermarchés
et les centres commerciaux
Lhypermarché, qui se définit
comme un espace de vente de plus de 2 500 m², est un concept
nouveau et en expansion en Europe centrale. Plus de quatre cents
hypermarchés fonctionnent ou sont actuellement en construction,
dont plus de 75 % en Pologne. Deux modèles sopposent
: les hypermarchés à la française de grande
taille visant une clientèle « trafic » et situés
en périphérie et les discounters à lallemande
visant une clientèle « flux », plus petits mais
plus proches des villes. En Hongrie, la réussite des hypermarchés
Carrefour ou Tesco a contraint les détenteurs de chaînes
de supermarchés Meinl et Tengelman à se tourner vers
le discount. Cette voie est désormais suivie dans les autres
pays dEurope centrale et il semble quelle ait davantage
davenir que les grands hypermarchés dans les périphéries
[6].
Les grands groupes occidentaux de distribution
commencent également à développer le concept
des centres commerciaux possédant un hypermarché
en leur sein. Le consortium réunissant la banque américaine
Lehman Brothers, le géant français du bâtiment
Bouygues et le consultant immobilier britannique Jones Lang
Wootton a créé une dizaine de centres denviron
25 000 m², dont la moitié ont vu le jour en Pologne
et les autres en Hongrie et République tchèque.
Ces projets permettent la poursuite de lessor des grands
magasins spécialisés tels que le Suédois
Ikea, les Allemands spécialistes du bricolage Obi et
Baumax et le Français Decathlon. Cependant, le potentiel
de développement de ces centres commerciaux est forcément
limité compte tenu de leur taille, et ils semblent même
déjà en surcapacité dans des villes telles
que Budapest. Tandis que le système des cash & carry
stagne dans les pays occidentaux, il est en forte progression
dans les PECO. Du fait des paiements immédiats en liquide,
ce système offre aux grossistes la certitude dêtre
réglés par les petits détaillants, qui
ne sont pas toujours fiables. Metro domine largement le marché
en Europe centrale, notamment par lintermédiaire
de sa filiale Makro, et il est même présent en
Roumanie et en Bulgarie.
Tableau 3.5. Les dix principales chaînes
de vente au détail en Europe centrale
|
Rang
|
Sociétés
|
Pays d'origine
|
Chiffre d'affaires 2001
(milliards d'euros)
|
|
1
|
Metro AG (Metro
et Makro)
|
Allemagne
|
5,58
|
|
2
|
Tesco
|
Grand-Bretagne
|
2,83
|
|
3
|
Rewe (Penny, Minimal,
Billa)
|
Allemagne
|
2,11
|
|
4
|
Tengelmann (Plus Supermarkets)
|
Allemagne
|
1,61
|
|
5
|
Ahold (Ahold
et Allkauf)
|
Pays-Bas
|
1,51
|
|
6
|
Jeronimo Martins
|
Portugal
|
1,24
|
|
7
|
Carrefour
|
France
|
1,23
|
|
8
|
CBA
|
Hongrie
|
1,21
|
|
9
|
Auchan
|
France
|
1,09
|
|
10
|
Co-op
|
Hongrie
|
1,06
|
Source : Handel 2002, Lebensmittel Zeitung 2001
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[1] Des magasins dimportation
existaient dans toutes les grandes villes, avant de disparaître
progressivement après 1989. Les clients, qui étaient
en majorité des membres de la Nomenklatura, y achetaient
des biens occidentaux en utilisant des « bons », des
dollars ou dautres devises.
[2] Lenseigne
Mercator domine le secteur avec plus de 1000 magasins. Elle détient
avec Emona Merkur 40 % du marché slovène de la distribution.
[3] Les gigantesques
bazars de Tuszyn, Rzgow et Gluchow attirent des clients dAllemagne,
de République tchèque et même de la CEI, tandis
que celui de Bialystok est le lieu privilégié dachat
des Ukrainiens, Biélorusses et Russes.
[4] Lun des problèmes
concerne notamment le zoning, puisquà peine 35 % en
moyenne de la surface des magasins sont utilisés.
[5] Tesco a également
racheté les chaînes Global en Hongrie et Slavia en
Pologne. Il saffirme comme un des groupes de distribution
les plus présents en Europe centrale, mais cette activité
dégage pour linstant des pertes. En dehors des PECO,
Tesco est peu tourné vers linternational et sest
retiré de France en 1997.
[6] Laccès aux discounts ne nécessite
pas de voiture et les coûts quils supportent sont inférieurs,
ce qui leur confère un précieux avantage en termes
de prix. Les hypermarchés sont quant à eux confrontés
à des problèmes de propriété et dautorisation
de construire. Dautre part, leur éloignement des centres-villes
les contraint à dimportants frais de publicité.
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