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Dune manière générale,
hormis pour les comparaisons intra-européennes, les praticiens
en Europe centrale et orientale ont peu recours aux enquêtes
sur la consommation, quil sagisse de sondages, questionnaires
et panels ou de méthodes plus qualitatives utilisant la psychologie
et la sémiologie. La réalisation détudes
de marché est souvent onéreuse pour un résultat
dun intérêt limité [7], tandis que les
informations secondaires de type analyses sectorielles ou élasticité-prix
ou revenu des produits sont rares. Le marketing reste donc relativement
« artisanal ».
Dans la plupart des PECO, la manière de
consommer a profondément changé depuis 1989. Le phénomène
de consommation ostensible que les sociologues T. Veblen ou J. Baudrillard
avaient identifié pour des périodes antérieures
aux Etats-Unis et en France sapplique aujourdhui en
Europe centrale et orientale : lacte de consommation joue
un rôle moteur dans laffirmation de lidentité
personnelle. Certains biens tels que les vêtements ou les
objets personnels sont ainsi davantage achetés pour les symboles
qui y sont associés que pour leur utilité matérielle
directe. Par exemple, pour une jeune Hongroise, l'investissement
dun cinquième de son salaire hebdomadaire dans l'achat
d'une paire de Jeans Levi's peut être tout à fait rationnel.
Dans ce processus didentification sociale, la référence
suprême est de se comporter comme des Occidentaux. Très
souvent, ce sont les apparences « de lOuest »
qui sont recherchées, les référents culturels
ne permettant pas de distinguer, par exemple, entre des foulards
Hermès et dautres de la marque Auchan. Parallèlement,
les produits des pays de la zone sont décriés : les
jeunes gens cachent honteusement leur montre russe ou leur sac à
main fabriqué en Roumanie et, parfois, même le Pepsi-Cola
passe pour un produit dépassé car il était
disponible avant 1989. Le rejet des produits de la région
souffre dune exception de taille, le nationalisme. Une tendance
très forte voit en effet le retour dune fierté
nationale et dune volonté de consommer « local
» [8], particulièrement en ce qui concerne les produits
alimentaires. A lextrême, ce nationalisme peut prendre
la forme dune xénophobie marquée. Ainsi, en
Lituanie, deux magasins Iki détenus par une chaîne
de grande distribution belge ont été lobjet
dattentats à la bombe en décembre 1997 et janvier
1998.
Tableau 3.3. Désirs de consommation dans
les PECO
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Ce que les gens achèteraient, sils avaient
de largent (%)
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Hongrie
|
Po-logne
|
Rép. tchèque
|
Slova-quie
|
Bulga-rie
|
Russie
|
Roumanie
|
|
Voiture et moto
|
17
|
36
|
27
|
37
|
24
|
16
|
27
|
|
Livres et journaux
|
25
|
12
|
13
|
13
|
9
|
16
|
15
|
|
Equipements ménagers
|
8
|
34
|
19
|
21
|
29
|
22
|
19
|
|
Restaurant
|
8
|
2
|
3
|
4
|
5
|
4
|
2
|
|
Vêtements
|
35
|
28
|
29
|
30
|
39
|
44
|
34
|
|
Voyages
|
29
|
26
|
47
|
50
|
26
|
29
|
23
|
Source : Fessel, Omnibus, 1996.
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[7] Les spécialistes
occidentaux craignaient que les enquêtes soient rendues difficiles
par le manque de coopération des personnes sondées.
En fait, cest souvent le contraire qui se produit : ces dernières
parlent beaucoup et même trop, voire se contredisent, ce qui
rend le traitement des informations pour le moins délicat.
[8] Des labels «
Made in » ont été mis en place dans la plupart
des PECO pour les produits locaux qui respectent certaines normes
de qualité, mais les consommateurs ny attachent pas
une importance significative. Ces certificats peuvent être
délivrés pour des biens ou services fabriqués
sur place par des firmes contrôlées par des capitaux
étrangers.
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