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Au début des années 1990, de vastes
programmes de réformes économiques ont été
engagés dans les PECO. A ce moment, seuls la Nomenklatura
et les apparatchiks, qui avaient profité de lancien
régime pour accumuler avantages divers et épargne
en devises, étaient en mesure de participer au financement
de lactivité économique. Nécessitant
des capitaux, les gouvernements ont implicitement toléré
le développement dactivités illégales
ainsi que leur blanchiment. Lex-Premier ministre slovaque
V. Meciar a même déclaré à loccasion
de lémission dun T-bond par son gouvernement
à lautomne 1998 quil sagissait dun
moyen sûr pour les mafieux de laver leur argent ! Encore aujourdhui,
les vides juridiques sont tels que certains des plus grands fraudeurs
agissent en toute impunité. Ainsi, le milliardaire tchèque
V. Kozeny a-t-il bâti sa richesse sur la faillite et le détournement
des sommes dun fonds dinvestissement quil avait
baptisé Harvard, afin dattirer la confiance des épargnants
[11].
Dans de telles conditions, les acteurs économiques
ne respectent plus guère les lois et réglementations,
ce qui entraîne dimportants manques à gagner
en termes de collecte fiscale [12]. Les principales évasions
concernent le travail au noir, qui est souvent un second emploi
servant dappui financier, et le marché gris, cest-à-dire
limportation et la revente de biens hors des circuits officiels,
sans paiement des droits de douane et autres taxes. Léconomie
parallèle, dont limportance tend à légèrement
décliner, est généralement estimée entre
20 et 50 % des PIB [13].
Difficilement identifiable, la mafia nen
est pas moins un acteur de poids dans les PECO. Ses représentants
et ses dirigeants appartiennent en principe à des groupements
chinois, russes, ukrainiens, italiens, algériens, tchétchènes,
géorgiens, etc. Typiquement, les organisations mafieuses
sont spécialisées dans des activités interdites
: la contrebande et la contrefaçon, le vol de voitures
et les cambriolages, la prostitution et la vente de drogue,
etc. Le blanchiment de largent est souvent réalisé
localement avant rapatriement. Ainsi, le chiffre daffaires
de certains restaurants chinois ou vietnamiens provient-il essentiellement
des recettes des repas servis aux vendeurs de produits importés
dAsie illégalement. De même, les dealers
nord-africains sempressent de « perdre » leur
recette hebdomadaire dans les casinos appartenant... à
leurs commanditaires. En Europe balkanique et orientale, la
mafia joue un rôle dagent économique à
travers le contrôle dentreprises. En Bulgarie
ou en Yougoslavie, elle contrôle une fraction non négligeable
des commerces des plus grandes villes ainsi que nombre de firmes
exportatrices. Dautre part, le racket dépasse couramment
la protection des activités « traditionnellement
protégées » que sont les discothèques
ou les restaurants, ce qui entrave lémergence dun
secteur privé et le fonctionnement normal de léconomie
de marché. Bien que la place de la mafia dans la sphère
productive en Europe centrale soit plus limitée quen
Europe balkanique et orientale, la télé tchèque
TV Nova a dévoilé en 1998 une affaire liant limportateur
distributeur Motoinvest et les mafias italiennes et tchétchènes.
Motoinvest a menacé de déposer plainte, mais na
entrepris aucune action en justice et a dans le même temps
indirectement essayé de se placer dans le capital de
TV Nova, par lintermédiaire de sociétés
actionnaires.
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[11] Aujourdhui,
il jouit en toute sécurité aux Bahamas de sa fortune,
consacrée par son apparition dans le Top 1000 du magazine
Fortune.
[12] S'appuyant sur
les médias pour exprimer sa révolte quant à
la complicité du gouvernement dans la fraude fiscale, l'ex-dissident
tchèque L. Vaculik a mis dans lembarras les hautes
sphères du pouvoir en déclarant qu'il refuserait de
payer ses impôts pour l'année 1997, soit quelques milliers
de couronnes tchèques, tant que tous ceux qui le précédaient
dans l'ordre alphabétique, liste à l'appui, nauraient
pas acquitté auprès de ladministration fiscale
les millions de couronnes qu'ils lui doivent.
[13] Lors dun sondage conduit par un
magazine daffaires pendant lété 1998 en
Lituanie, les chefs dentreprise interrogés ont évalué
léconomie parallèle à 27 % en moyenne
de la production totale, à comparer avec lestimation
de 23,4 % fournie par lOffice des statistiques de Lituanie.
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