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La normalisation politique des PECO

Conflits, troubles et différends entre Etats

Dix ans après la libéralisation politique, la transition démocratique en Europe centrale et dans la plupart des pays d’Europe orientale peut être considérée comme achevée.

En revanche, la situation reste critique dans les Balkans. En Yougoslavie, le gouvernement de Milosevic fut incapable de répondre autrement que par la force aux revendications sécessionnistes des Albanais du Kosovo, ce qui conduisit à l’intervention militaire de l’OTAN en 1999 ainsi qu’à l’alourdissement des sanctions économique de la Communauté internationale [1]. Depuis 2000, le Gouvernement de V. Kostunica a réintégré son pays dans l’ordre géopolitique européen, mais le pays reste affaibli par dix ans de guerre. Officiellement évalués à 22 % de la population [2], les Albanais sont également au centre des préoccupations en Macédoine, où le Gouvernement gère tant bien que mal la situation. En Albanie, l’Etat n’existe pour ainsi dire pas et les tirs et les bombardements restent courants dans une bonne partie du pays. Pour finir, l’équilibre reste précaire en Bosnie-Herzégovine entre les fédérations serbe et croato-musulmane, en désaccord entre elles mais également en leur sein même. Pour ces raisons, les relations commerciales avec les pays évoqués sont à prendre avec précaution, d’autant que les organismes de type COFACE refusent d’assurer de telles opérations.

En Europe centrale et dans les autres pays d’Europe orientale, l’ordre intérieur est maîtrisé et les différends entre Etats sont limités ou en voie d’être résolus :

_ Appuyant notamment les requêtes de la Roumanie, l’Union européenne demande aux autorités bulgares la fermeture du site nucléaire de Kozloduy, construit sur les mêmes bases que celui de Tchernobyl (réacteur VVER) et maintenu dans un état qu’elle juge critique [3]. Pour des raisons proches, l’Autriche s’inquiète des dangers que présente la centrale nucléaire slovaque de Mochovce [4], située à cent vingt kilomètres de sa frontière ;

_ Certains partis politiques d’outre-Rhin continuent d’exiger la restitution des biens possédés par les trois millions et demi d’Allemands expulsés de Tchécoslovaquie en 1945. De même, Italiens et Slovènes restent sur un désaccord concernant les appartements abandonnés des optants, c’est-à-dire de ceux qui ont quitté la Yougoslavie et opté pour l’Italie après la Deuxième Guerre mondiale ;

_ Les Grecs contestent à leur voisine l’appellation de Macédoine, nom qui appartient selon eux à l’histoire grecque et les Bulgares ne reconnaissent pas la spécificité de la langue et la culture macédoniennes ;

_ Bien qu’ayant abandonné toute prétention sur les territoires et les hommes perdus en 1918, la Hongrie veille au respect des droits de ses minorités, ce qui l’oppose ponctuellement aux autorités slovaques et roumaines ;

_ Devenue indépendante en 1991 grâce à sa victoire sur les forces de l’armée fédérale yougoslave, la Slovénie n’a pas entièrement réglé avec la Croatie certains problèmes de propriété ainsi que la définition précise des frontières, en particulier sur la côte.

L’insertion des PECO dans l’ordre politique mondial

Dans un premier temps, les PECO ont paru constituer une triple menace démographique, commerciale et politique pour le reste de l’Europe. Cependant, il s’est très vite avéré que l’émigration serait limitée, la démocratie respectée et le niveau des exportations des PECO inférieur à celui de leurs importations en provenance des pays de l’UE. Dans ces conditions, les volontés politiques de tous bords ont convergé vers une même conclusion : l’Europe sera plus forte unie que divisée. Les PECO ont alors entamé leur normalisation politique en devenant pour la plupart d’entre eux membres de l’ONU et de ses organismes, du Conseil de l’Europe, ainsi que de l’OMC.

A ce jour, l’intégration dans l’Europe politique et économique est mieux réussie pour les pays d’Europe centrale et les pays baltes que pour les pays d’Europe orientale et balkanique.

Membre du triangle de Weimar aux côtés de la France et de l’Allemagne, la Pologne parvient à jouer un rôle central dans la diplomatie de la région. Forte d’un riche passé culturel et économique, la République tchèque s’est également imposée comme un partenaire européen majeur, notamment grâce au prestige et à l’action de son président V. Havel. La Hongrie clôt le trio des pays d’Europe centrale totalement intégrés, dans le sens où, de la même manière que la République tchèque et la Pologne, elle est membre de l’OCDE et de l’OTAN. La Slovénie, les pays baltes et la Slovaquie font partie de cette Europe en construction ou sont en passe de la rattraper. En revanche, un nouveau mur, économique et politique cette fois, est en train de séparer les pays d’Europe centrale et les pays baltes des pays d’Europe orientale et balkanique.

Huit pays d’Europe centrale et orientale dans l’UE en 2004

L’assistance occidentale vis-à-vis des PECO répond en principe à une considération altruiste. En pratique, elle est la conséquence d’intérêts bien compris de l’Union européenne : complémentarité est-ouest au niveau de l’énergie et de l’agriculture et opportunité, largement réalisée, d’accroître les soldes des balances commerciales des pays de l’UE.

Si nombre d’experts ont réclamé un plan Marshall pour les PECO ainsi que l’ouverture des marchés de l’UE, l’aide fut limitée en pratique à des demi-mesures autour de la Banque Européenne d’Investissements, de la Banque Nordique d’Investissements [5] et des programmes européens d’assistance technique Phare, Tempus ou Tacis, pour lesquels les sommes dépensées ont la réputation d’être mal utilisées. Compte tenu des effets pervers des aides strictement pécuniaires, il est permis de penser avec W. Andreff que les actions les plus bénéfiques concernent les transferts de connaissances au niveau comptable, juridique, consulaire ou syndical. Les jumelages offrent un cadre propice aux échanges de cette nature et certains, tels que celui qui unit les régions des Pays de Loire et du lac Balaton en Hongrie, sont généralement considérés comme des succès.

L’Union européenne a conclu des accords d’association avec treize pays d’Europe centrale et orientale, afin de créer à court terme une zone de libre-échange [6]. Elle finance également depuis 1990 avec les autorités régionales les coopérations transfrontalières, construites sur le modèle des eurorégions. Il s’agit de zones qui se basent sur les liens historiques passés et qui visent à développer les échanges de toutes natures : écologie, voies de communication, tourisme, éducation, etc. L’objectif est de faire revivre les régions proches des frontières et de réintégrer les minorités qui y habitent, ces régions ayant essentiellement servi avant 1989 de zones militaires de défense. Il existe une dizaine de zones de coopération transfrontalière entre l’Allemagne, l’Autriche et les pays d’Europe centrale, ainsi que deux, celles du Bug et des Carpates, qui ne concernent que des pays d’Europe centrale et orientale. D’autres plus informelles existent pour le prêt de matériels agricoles ou les passages aux frontières, mais les Etats centraux y sont généralement opposés.

De même que la Turquie, Chypre et Malte, dix pays d’Europe centrale et orientale ont déposé leur candidature à l’entrée dans l’Union européenne : la Pologne, la Hongrie, la République tchèque, la Slovénie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Slovaquie, la Roumanie et la Bulgarie.

A l’issue du Sommet de Copenhague de décembre 2002, les huit premiers cités ont été admis à intégrer l’Union européenne pour mai 2004. En dépit des déclarations passées du chancelier Kohl ou du président Chirac quant à l’horizon 2000, le processus d’élargissement était jusqu’alors bloqué par la phase d’approfondissement, l’un étant traditionnellement exclusif de l’autre dans l’histoire de la CEE. D’autre part, hormis les pays scandinaves qui soutenaient fortement l’entrée des pays baltes, des voix défavorables à l’élargissement se faisaient entendre au sein des pays de l’UE. Notamment, certaines catégories de population telles que les agriculteurs [7] craignent que les aides communautaires dont ils bénéficient soient en partie transférées vers les nouveaux entrants. Par ailleurs, les principaux experts insistent sur la faiblesse du pouvoir d’achat des populations, sur l’état des firmes et de l’agriculture ainsi que sur le laxisme des autorités locales quant aux questions de la drogue ou de l’immigration clandestine. Enfin, les PECO eux-mêmes entrevoient, à l’instar des Tchèques, les inconvénients en termes de perte de souveraineté que causerait leur intégration dans l’UE [8].

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[1] La Yougoslavie était déjà frappée d’un embargo tant qu’elle refuserait de délivrer au Tribunal International de Justice les présumés criminels de guerre serbes.

[2] Leur nombre est probablement supérieur à 30 %, du fait des difficultés de recensement de cette population et de l’afflux de réfugiés kosovars.

[3] L’Union européenne accepte de prendre en charge la réparation du site, ce qui nécessitera sa mise hors service pendant une durée indéfinie. Les Bulgares refusent cette proposition, à moins de recevoir une indemnisation qui leur permettrait de s’approvisionner en énergie pendant la période d’indisponibilité de la centrale, qui fournit plus de 40 % de l’énergie du pays.

[4] En 1992-93, la Slovaquie avait déjà été confrontée à un conflit avec la Hongrie au sujet de sa centrale hydroélectrique de Gabcikovo sur le Danube, accusée de nuire à l’environnement de la région.

[5] Organe financier du Conseil nordique, la Banque Nordique d'Investissements fournit une aide financière substantielle, exclusivement destinée aux pays baltes.

[6] Cependant, l’UE a dans le même temps recours à des réflexes protectionnistes. Elle est partiellement protégée contre les importations en provenance des PECO pour les produits sidérurgiques (accord CECA), pour le textile (accords multi-fibres), ainsi que pour les produits automobiles et agricoles. D’autre part, des règles anti-dumping sont appliquées à de nombreux PECO.

[7] Le problème se pose essentiellement pour la Pologne, qui compte plus de quatre millions d’exploitants agricoles, et dans une moindre mesure pour la Hongrie. Les aides communautaires pour ces pays seraient cependant limitées dans le sens où les prix pratiqués par les agriculteurs dans les PECO sont le plus souvent inférieurs aux plafonds fixés par les instances de la Politique agricole commune.

[8] Paradoxalement, la volonté d’intégration dans l’Union européenne est plus forte dans certains pays non sélectionnés tels que la Roumanie, voire même dans certains n’ayant pas fait acte de candidature, comme la Croatie.


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