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Les institutions


Les systèmes politiques et la stabilité des gouvernements

Grâce aux réformes entreprises depuis 1989, les systèmes politiques adoptés dans les PECO sont devenus similaires à ceux des pays occidentaux. Les Etats sont unitaires, à l’exception des Fédérations de Serbie-Montenegro et de Bosnie-Herzégovine. Le système parlementaire de type britannique a été le plus souvent adopté, hormis notamment en Pologne et en Roumanie, où la constitution et le système présidentiel mis en place sont inspirés de la Ve République de la France, ainsi qu’en Croatie et en Yougoslavie, où le président élu au suffrage universel direct possède des pouvoirs étendus. Le peuple est représenté par des Parlements unicaméraux, comme en Pologne avec la Sejm, ou bicaméraux comme en République tchèque avec l’Assemblée nationale et le Sénat.

L’instabilité des gouvernements, qui empêche toute politique de long terme, est fréquente en Europe centrale et orientale.

Les politologues locaux aiment à dire que ce ne sont pas les oppositions qui gagnent les élections, mais les majorités qui les perdent. Il est en pratique difficile pour les coalitions au pouvoir d’obtenir des majorités stables car une fraction importante de l’électorat est répartie entre de nombreux partis défendant moins des idées que des catégories de population. D’une part, la gauche et la droite doivent faire face à la résurgence de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite, comme l’ont notamment montré les élections de 2002 respectivement en République tchèque et Roumanie. D’autre part, certains petits partis ont le pouvoir de faire basculer un gouvernement selon les alliances qu’ils concluent. A titre d’exemple, les partis des Hongrois de Slovaquie et des Hongrois de Roumanie représentent jusqu’à 10 % de l’électorat dans chacun des deux pays, tandis que les partis prorusses en Estonie et Lettonie peuvent théoriquement atteindre 30 %. De même, bien que leurs électeurs soient moins fidèles, les partis représentant certaines catégories socio-professionnelles (paysans, retraités…) jouent également un rôle clé pour la constitution des alliances. Au final, de telles configurations aboutissent à des situations cocasses comme le pacte de non-agression gauche-droite en République tchèque en 2002 ou la victoire de l’ex-roi Siméon en Bulgarie aux législatives la même année, alors que celui-ci n’était pas candidat deux mois avant les élections.

La multiplication des « affaires » est une autre caractéristique de la vie politique dans les PECO. Ainsi la Pologne, parfois appelée « République de copains et de coquins », a-t-elle vu son Premier ministre J. Oleksy démissionner le 24 janvier 1996, accusé d’espionnage pour l’URSS puis pour les Russes. Peu de temps après, il s’est avéré que le nouveau président de la République A. Kwaniewski n’était pas titulaire du diplôme qu’il avait revendiqué pendant les élections présidentielles [1]. En Slovaquie, la situation a longtemps été tendue entre le Premier ministre V. Meciar et le président M. Kovacs, le fils du second ayant été enlevé et séquestré sous l’ordre du premier. De même, les députés ne parvenant pas à remplacer le président démissionnaire M. Kovacs, la Slovaquie est restée trois ans sans président. Enfin, le démantèlement d’un gigantesque trafic de cigarettes en 1998 en Roumanie a révélé que celui-ci alimentait les principaux partis politiques du pays.

L’administration d’Etat

L’Etat a pour rôle d’assurer le respect des libertés publiques, mais il est également chargé d’utiliser les recettes fiscales pour mettre en place les conditions nécessaires au fonctionnement de la société en termes d’organisation administrative, de sécurité des échanges et de vie quotidienne. Or, hormis dans certains petits pays tels que l’Estonie ou la Slovénie, les prestations publiques en Europe centrale et orientale sont dans l’ensemble insuffisantes.

Le principal problème auquel sont confrontés les PECO est celui de la réduction des crédits budgétaires, qui contraint les Etats à se recentrer vers leurs fonctions régaliennes. La tendance est à la privatisation des activités de production, à la réduction du nombre des fonctionnaires et à la fermeture des hôpitaux [2]. La bureaucratie, qui atteint des proportions rédhibitoires dans certains pays tels que la Pologne, la Lituanie ou la Bulgarie, ajoute également à l’inefficacité générale de l’action des Etats. Enfin, les PECO souffrent de la corruption, à tel point que les spécialistes locaux du marketing aiment à rajouter un cinquième « P » au marketing mix, le « pot de vin ».

Si la corruption touche dans chaque pays tous les niveaux de l’Etat, des hommes politiques aux fonctionnaires de l’Administration en passant par les policiers et les douaniers, elle est davantage la règle dans les Balkans et l’exception en Estonie et dans certains pays d’Europe centrale. Ainsi, lorsque les policiers yougoslaves ou bulgares inspectent les marchandises exposées par des trafiquants dans un marché en plein air, il s’agit en principe de contrôler que ces derniers respectent bien les termes des partages des bénéfices prévus avec la police. A l’opposé, un investisseur étranger souhaitant construire un hôtel en Hongrie obtiendra en général les autorisations nécessaires en versant des extras à « seulement » un ou deux intermédiaires.

Tableau 2.1. Indices de corruption dans le monde (extraits du classement 2002)

Rang

Pays

Score

Rang

Pays

Score

1

Finlande

9,7

36

Biélorussie

4,8

2

Danemark

9,5

45

Bulgarie, Pologne

4

3

Nouvelle-Zélande

9,5

52

Rép. tchèque, Lettonie, Slovaquie

3,7

15

Autriche

7,8

71

Russie

2,7

16

Etats-Unis

7,7

77

Roumanie

2,6

20

Belgique

7,1

85

Ukraine

2,4

25

France

6,3

98

Paraguay, Madagascar, Angola

1,7

29

Estonie

5,6

101

Nigéria

1,6

31

Italie

5,2

102

Bangladesh

1,2

33

Hongrie

4,9

 

Source : Transparency International & Göttingen University, 2003

L’Ecole et l’Université

L’Ecole, qui joue un rôle fondamental dans la formation des individus et de leur personnalité, se présente en Europe centrale et orientale sous une forme sensiblement différente de celle qu’elle prend dans les pays occidentaux. Il ne s’agit pas d’une institution où l’enfant est préparé à affronter la vie, mais plutôt d’un cadre dans lequel il apprend à s’intégrer dans la société en s’habituant à partager et à vivre avec les autres. Si cette philosophie était adaptée à la vie collectiviste sous le communisme, il serait désormais plus logique que l’Ecole devienne un lieu de compétition, de sélection et d’efficacité. Or, peu de gens en Europe centrale et orientale adhérant à ces nouvelles valeurs occidentales, les instituteurs continuent de diffuser des messages plus ou moins abstraits d’humanisme et de civisme, tout en conservant une certaine sévérité. Dans ces conditions, les générations actuelles restent éloignées de la mentalité weberienne orientée vers la maximisation du profit et le dévouement au travail, propice au fonctionnement efficace de l’économie de marché.

Si l’Ecole ne prédispose pas les enfants à devenir de bons managers, son rôle éducatif est en revanche généralement bien rempli. Les statistiques officielles vantent des taux d’alphabétisation d’environ 99 % pour les pays d’Europe centrale et d’au moins 95 % pour ceux d’Europe orientale. Hormis une partie des minorités défavorisées telles que les Roms [4], il est exact que chacun sait lire et écrire dans les PECO, ce qui est n’est pas le cas dans les pays occidentaux. De même, de nombreuses enquêtes de l’Association Internationale pour l’Evaluation de l’Enseignement ont montré que le niveau des écoliers en Europe centrale dépassait celui des Européens de l’ouest dans les disciplines culturelles et artistiques, mais également en mathématiques et dans les autres sciences. Ceci résulte en partie de l’héritage communiste, le régime accordant une place importante à l’éducation, mais également d’une tradition centre-européenne insistant sur la culture et l’éducation [5].

Les Universités d’Europe centrale et orientale continuent de jouir d’un certain prestige, qui n’est aujourd’hui plus tout à fait justifié. Si l’enseignement scientifique et dans certaines sciences humaines est globalement cohérent, les budgets restreints aboutissent au sous-équipement des universités en matériel informatique, bibliothèques, enseignants qualifiés, etc. A titre d’exemple, le salaire d’un professeur de management à l’Université de Sofia est d’environ deux dollars net par heure. En conséquence, les enseignants sont souvent contraints de se tourner vers le secteur privé et d’occuper des postes sous-qualifiés mais mieux rémunérés tels que chauffeurs de taxi ou serveurs de café ; une partie des cours sont alors dispensés par les étudiants eux-mêmes [6]. D’autre part, la sélection des étudiants à l’entrée ou à la sortie souffre de pratiques inhabituelles selon les normes européennes. L’admission dans les meilleures universités des capitales d’Europe centrale nécessite la réussite à un examen, dont les résultats sont rarement communiqués, mais qui peut être facilitée pour des amis ou en échange de sommes se comptant en milliers d’Euros [7]. Le passage en année supérieure ou l’obtention des diplômes, qui peuvent se faire par « arrangements » avec les professeurs, répond en général dans les PECO à des exigences peu sévères en comparaison des pratiques dans les universités des autres pays d’Europe.

Les communautés de vie

Sous le communisme, l’aspect collectiviste dominait la vie quotidienne des populations. Aujourd’hui, face à l’économie de marché et à ses effets pervers, les communautés servent de refuge. La famille, qui est traditionnellement la communauté de base, joue un rôle fondamental à cet égard. La femme y occupe une place centrale, en particulier en Pologne où les héritages de la noblesse et du romantisme font partie de la culture contemporaine. Les foyers en Europe centrale et orientale comportent peu d’enfants, mais ils réunissent souvent les grands-parents ou d’autres membres de la famille. La priorité donnée à la vie de famille limite d’autant le dévouement au travail, dans le sens où les obligations familiales requièrent du temps et réduisent la mobilité des travailleurs.

La seconde communauté en importance est l’entreprise, dont la nature diffère sensiblement de celle qui est la sienne dans les pays occidentaux. En Europe centrale et orientale, elle n’est pas un lieu de réalisation personnelle par le dévouement au travail mais un espace de vie qui permet à chacun de s’affirmer socialement, au travers des relations interpersonnelles. Aujourd’hui encore, et malgré les objectifs de productivité, le temps passé dans l’entreprise est souvent consacré à des activités sans rapport avec le travail [8].

La dernière communauté qu’il convient d’évoquer est la cellule religieuse, qui renaît après avoir été fortement réprimée sous le communisme. En Pologne, le catholicisme fait partie de la culture nationale, y compris pour les jeunes générations. A l’opposé, 80 % des Slovènes sont catholiques mais seulement 16 % sont pratiquants, et en République tchèque, les athées sont majoritaires. Entre ces extrêmes, le luthérianisme estonien et letton, le catholicisme centre-européen et l’orthodoxie et l’islam d’Europe balkanique sont largement répandus, mais plus fortement auprès des anciennes générations et des populations rurales. Medjugorje, une localité d’Herzégovine située à trente kilomètres de Mostar, est visitée par des dizaines de milliers de pèlerins chaque année car la Vierge Marie y est apparue à six enfants le 24 juin 1981, avant de revenir leur parler dans les jours suivants. Les sectes ont quant à elles pu fleurir, réussissant à combler auprès de certains le vide idéologique laissé par la chute de l’idéologie communiste [9].

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[1] Saisi sur cette affaire, le Conseil constitutionnel a reconnu l’irrégularité, mais il n’a pas considéré que celle-ci avait sensiblement influencé le résultat des élections.

[2] Une personne hospitalisée dans les PECO a tout intérêt à apporter ses médicaments, son papier hygiénique, etc.

[3] Du pays le moins corrompu au plus corrompu.

[4] Le vocable Tzigane, qui vient du mot byzantin atsinganoi (intouchable), signifie « esclave » dans la langue rom. C’est pourquoi on lui préfère le terme de Rom, qui signifie « les Hommes ».

[5] Ainsi est-il utile de se souvenir que l’impératrice Marie-Thérèse a instauré en 1774 l’école obligatoire en allemand pour tous les sujets des Habsbourg (Autrichiens, Hongrois, Slovènes, Croates, Tchèques, etc.), alors qu’en 1789, en France, seul un tiers du peuple savait parler le français.

[6] Les travaux dirigés dans les universités bulgares sont couramment dispensés par des assistants, qui sont en fait des étudiants de second cycle de l’Université.

[7] A l’Université Charles de Prague, la police a découvert en juin 1999 que les questions aux concours d’admission étaient vendues 50 000 CZK (1 500 USD) et les questions accompagnées des réponses 100 000 CZK (3 000 USD).

[8] Voir par exemple le cas Tesla TV in D. Chelly et H. Kasparova, Vers l’économie de marché : des théories à la réalité, Gecop, 1998.

[9] Au contraire des groupements internationaux de type Moon ou Eglise scientologique dont les pratiques sont critiquées mais admises, nombre de sectes en Europe centrale et orientale sont des organisations à vocation lucrative exploitant la crédulité de personnes en détresse ou satisfaisant les inclinaisons pédophiles, zoophiles ou autres de leurs adeptes.


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