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Conditions de vie et consommation


L’évolution de la qualité de vie

Le passage au libéralisme et à l’économie de marché a bouleversé la vie des populations des pays d’Europe centrale et orientale. Les libertés publiques fondamentales (liberté de pensée, liberté politique, liberté du culte, liberté de se réunir, liberté d’entreprendre, etc.) ont été affirmées et leurs pratiques généralisées, tandis que l’avènement de la modernité et de la société de consommation ont radicalement transformé le paysage urbain. Cependant, la liberté reste parfois davantage « formelle » que « réelle » et la société de consommation s’avère hors d’atteinte de la majorité des populations, ce qui crée des désillusions et des frustrations. Dans la pratique, les bouleversements psychologiques subis contribuent à créer un sentiment général de pessimisme et de fatalité, hormis peut-être en Pologne.

Tandis que les démocraties socialistes d’Europe de l’est garantissaient la sécurité physique et matérielle et un système étendu d’assurance sociale, le système capitaliste est perçu comme injuste, difficile et même parfois sauvage. Bien qu’il n’en soit pas la cause unique, les populations l’associent au chômage, à l’inflation, à la mendicité ainsi qu’au retour de la délinquance et du crime [1]. Le capitalisme n’a d’autre part pas été capable de résoudre certains problèmes hérités du communisme, comme par exemple la pollution, née des excès industriels des économies collectivistes et notamment d’un recours extensif au charbon et au lignite pour le chauffage [2].

Les individus considèrent en général leurs conditions de vie comme plus difficiles que sous le communisme, sans pour autant souhaiter un retour à celui-ci. Par le passé, la vie était simple et sans surprise car la rigidité extrême du système empêchait toute aspiration de réussite personnelle. Désormais, l’avenir de tout un chacun dépend des gouvernants, des entreprises et du monde extérieur, trois univers dans lesquels les individus ont depuis longtemps perdu confiance.

Les salaires et le coût de la vie

Pendant la période communiste, les salaires et les prix étaient fixés par les planificateurs, selon des principes en cohérence avec la théorie de la valeur de K. Marx [3]. Ils étaient donc généralement stables, à l’exception de certaines périodes de forte inflation comme pendant les années 1980 en Pologne ou en Yougoslavie. Du fait du système adopté, l’ajustement entre l’offre et la demande n’était pas réalisé par les prix mais par les quantités, ce qui se traduisait par des situations chroniques de pénurie [4] et par le développement naturel du marché noir. Dans bien des cas, le problème pour les foyers n’était pas l’argent mais les opportunités pour le dépenser.

La situation s’inverse au début des années 1990 avec l’émergence de la société de consommation. Cette période est marquée dans tous les PECO par une forte inflation qui réduit le pouvoir d’achat des populations locales et anéantit l’épargne de ceux qui avait économisé pendant des années. L’inflation s’est logiquement accompagnée d’une dégradation des taux de change, renchérissant d’autant les produits étrangers tant convoités. Depuis quelques années, la stabilité des prix et des changes est obtenue, mais le niveau réel moyen des salaires évolue défavorablement dans la plupart des pays.

Hormis en Slovénie où ils atteignent une moyenne de mille dollars par mois, les niveaux de salaires dans les PECO sont de trois à dix fois inférieurs à ceux versés dans les pays occidentaux, ce qui couvre à peine les dépenses incompressibles des foyers. Le salaire moyen après impôt [5] s’élève à environ trois cents cinquante euros par mois dans les pays d’Europe centrale et à cent vingt dans les pays d’Europe orientale et balkanique, avec cependant de considérables variations selon les régions, les industries, le type de firmes et les fonctions occupées. De leur côté, les prix affichent des niveaux très différents selon qu’il s’agit de produits locaux ou importés, de biens de grande consommation ou d’équipement, de services publics ou privés.

Tableau 2.10. Salaires mensuels moyens dans les PECO

 

Niveau (USD)

Début 2003

Niveau (USD)

Début 2000

Bulgarie

116

125

Croatie

548

610

République tchèque

347

310,0

Estonie

351

287,6

Hongrie

300

298

Lettonie

272

211,8

Lituanie

278

204,4

Pologne

500

381

Roumanie

120

132

Slovaquie

280

254,0

Slovénie

1017

892

Sources : Ministères du Travail des pays concernés, 2003

En principe, les produits locaux agro-alimentaires, les textiles et les services usuels (coiffeur, garagiste...) coûtent de cinq à trente fois moins cher que dans les pays d’Europe occidentale. En revanche, les biens d’équipement n’affichent des décotes que de quelques dizaines de pourcents, lorsqu’ils sont disponibles. Ainsi une automobile Dacia de base en Roumanie coûte environ 4 000 Euros, soit l’équivalent de trois années de salaire moyen. Les prix des loyers [6], des consommations d’énergie et des transports sont quant à eux progressivement libérés mais restent éloignés des niveaux pratiqués dans les pays occidentaux. Pour finir, les produits importés de l’Ouest se trouvent logiquement à des prix similaires ou légèrement supérieurs au reste de l’Europe, selon le niveau des droits d’importation.

Tableau 2.11. Coût de la vie en Europe centrale et orientale (base 100 à Vienne)

Ville/type de biens

Panier de la ménagère (nourriture et boissons non alcoolisées)

Fournitures ménagères (produits nettoyants, équipements domestiques, laverie)

Hygiène personnelle (toilette, médicaments OTC, droguerie)

Budapest

35

56

46

Bucarest

59

58

70

Prague

42

79

75

Varsovie

48

74

75

Belgrade

54

73

89

Moscou

125

134

178

Source : Business Eastern Europe, 2000

La consommation et l’épargne

Jusqu’en 1994, la consommation privée a connu une forte baisse dans tous les PECO. Depuis cette date, seule la Pologne et, dans une moindre mesure, la Hongrie, la Slovénie, les pays baltes et la Slovaquie ont vu leur demande intérieure progresser à un rythme régulier. Le manque de confiance dans l’avenir, générateur d’une forte épargne [7], empêche une reprise franche de la consommation. D’autre part, celle-ci se porte essentiellement sur des produits importés, ce qui contribue aux déficits extérieurs des pays et affaiblit les firmes locales, qui ne peuvent s’appuyer sur une demande soutenue.

Une des solutions pour accroître la consommation consiste à subventionner les consommateurs, soit par la distribution d’actions gratuites ou à des prix préférentiels lors des programmes de privatisation, soit par l’assouplissement de la politique budgétaire et monétaire, l’exemple extrême étant la décision imposée par le chancelier Kohl à la Banque centrale allemande d’accorder la parité 1 Mark Est pour 1 Mark Ouest. Le recours aux crédits à la consommation, qui se développe actuellement pour les achats de biens d’équipement durables, doit également permettre une relance par la demande. Face à l’inefficience du secteur bancaire, ce sont les firmes elles-mêmes qui poussent leurs consommateurs à acheter à crédit. Le géant britannique de la distribution Tesco accueille ainsi dans son nouveau magasin à Budapest une filiale du groupe bancaire néerlandais ABN AMRO qui accorde des prêts sur les produits les plus chers. De même, les principaux constructeurs automobiles des PECO possèdent leurs propres banques, qui offrent des financements à long terme et pratiquent le leasing, ce dernier atteignant en République tchèque des montants similaires à ceux de la Belgique ou du Portugal.

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[1] L’insécurité progresse régulièrement dans les PECO mais elle reste à des niveaux inférieurs de ceux des pays occidentaux. En Europe centrale, les agressions les plus graves se limitent aux exactions de délinquants ou de skinheads. En revanche, les assassinats politiques, mafieux ou simplement crapuleux se multiplient en Europe orientale et balkanique.

[2] La Pologne est le pays le plus pollué d’Europe, mais la plupart des PECO sont touchés par ce fléau.

[3] Selon K. Marx, la valeur est la quantité de travail incorporée dans le produit, le reste étant la plus-value, c’est-à-dire l’exploitation des travailleurs.

[4] Pour cette raison, l’économiste hongrois J. Kornai qualifiait d’« économies de pénurie » les démocraties populaires d’Europe de l’Est.

[5] En Europe centrale et orientale, les salaires sont frappés d'un impôt à la source, relativement modeste. Les plus hauts revenus sont également taxés par déclaration.

[6] Dans les grandes villes d’Europe centrale et orientale, il est souvent impossible pour des jeunes couples de louer un appartement. Des prix réglementés sont appliqués aux titulaires d’anciens contrats de location, ceux-ci étant protégés contre les hausses intempestives de leurs loyers.

[7] Les premiers fonds de pension privés ont remporté un franc succès en Pologne. Seize fonds, dont des géants étrangers de l'assurance-vie, ont reçu début 1999 un agrément des autorités pour inviter les Polonais à cotiser pour une retraite complémentaire. Cent quarante mille agents commerciaux sillonnent la Pologne pour trouver des clients, dont les cotisations ont déjà rapporté plusieurs centaines de millions d'euros.


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