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L’Europe médiane jusqu’en 1945

L’âge d’or de l’Europe centrale

Pendant sa « préhistoire », l’Europe centrale et orientale est marquée par des migrations considérables, à la suite notamment des ravages causés par les Germains qui dominent alors une grande partie de l’Europe. A partir du VIe siècle, repoussés par les Romains et par les Huns, les Germains entament leur exode et libèrent de vastes territoires pour de nouveaux occupants. A l’origine localisés en Ukraine occidentale, les Slaves en profitent pour progressivement s’étendre vers le nord, l’ouest et le sud. Originaires des rives nord de la mer Caspienne, les Protobulgares réussissent leur invasion en 679 et s’installent au sud du Danube [1]. Ils sont imités en 895 par les Hongrois, peuple provenant de Sibérie occidentale et prenant possession du haut Danube.

A partir du VIIe siècle, les premiers Etats se forment, mais ce n’est qu’à leur christianisation, autour de l’an 1000, que les peuples d’Europe centrale passent de l’état de barbares à celui de populations organisées. Marquée par d’incessantes guerres, la région voit successivement l’apogée de la Bohême, dont le Roi Charles devient en 1355 Empereur du Saint Empire romain germanique, puis celle à la fin du XIVe siècle de l’Union de la Pologne et de la Lituanie, un des plus vastes et plus puissants Etats d’Europe et enfin l’âge d’or de la Hongrie, sous le règne de Mathias Corvin (1457-1490).

L’essor de l’Empire ottoman, dès le début du XIVe siècle, puis celui des Suédois, des Prussiens, des Autrichiens et des Russes anéantissent les velléités d’indépendance des petites nations d’Europe du Centre et de l’Est. A l’occasion du dernier partage de la Pologne, en 1795, toutes sont rayées de la carte ou bien dépendent directement ou indirectement d’un Empire.

De la soumission aux Empires aux indépendances

Grâce à une succession de mariages et de prouesses diplomatiques, l’empire des Habsbourg (1273-1918) a longtemps régné sur l’Europe centrale. Face à l’hétérogénéité des peuples sous sa tutelle, il fut dénommé « la Prison des Peuples », la cohésion du régime étant assurée par son caractère autocratique. Le « Printemps des Peuples », marque cependant la prise de conscience par des dizaines de peuples en Europe de leur identité nationale. Les Russes offrent leur soutien aux Autrichiens pour écraser la révolte hongroise de 1848, mais, affaiblie, l’Autriche ne peut éviter en 1867 le « Compromis austro-hongrois ». L’empire est alors partagé en deux Etats, l’Autriche (la Cisleithanie) et la Hongrie (la Transleithanie), ce qui le consolidera un certain temps, les Hongrois reprenant à leur compte la centralisation impériale et allant même jusqu’à tenter de magyariser les populations sous leur domination, notamment croates et slovaques.

Au sud de l’Europe, l’Empire ottoman (1350-1918), en guerre sur plusieurs fronts, se disloque fortement à partir du début du XIXe siècle. Le Congrès de Berlin en 1878 consacre à ses dépens l’indépendance de la Roumanie [2], de la Serbie et du Monténégro, ainsi que la constitution en principauté autonome de la Bulgarie et de la Roumélie orientale, réunies de fait dès 1885. Le Traité de Versailles et les autres accords de paix concluant la Première Guerre mondiale achèvent l’émancipation des peuples d’Europe centrale et orientale aux dépens de l’Autriche-Hongrie, des restes de l’Empire ottoman, de la Russie et de l’Allemagne. Une dizaine de nouveaux Etats voient le jour : certaines nations retrouvent une indépendance perdue depuis plusieurs siècles ou y accèdent pour la première fois tandis que d’autres sont intégrées au sein de fédérations d’Etats regroupant des peuples très différents [3].

Au nord-est de l’Europe, la Lituanie est ressuscitée et deux nouveaux Etats sont créés : la Lettonie et l’Estonie. Au sud-est, le royaume des Croates, des Serbes et des Slovènes réunit, autour d’une Serbie agrandie, des peuples slaves du Sud sans grande homogénéité [4]. Les Albanais possèdent également leur propre Etat. Au centre-est de l’Europe, la Pologne reconstituée et la Roumanie unifiée voient leur territoire s’agrandir considérablement. La Tchécoslovaquie regroupe les Tchèques et les Slovaques dans un Etat basé non pas sur les réalités humaines de l’époque mais sur les frontières historiques de la Bohême, ce qui revient à y inclure cinq millions d’Allemands et de Hongrois. Ces derniers perdent les deux tiers de leur territoire et la moitié de leur population. Ayant suivi l’Allemagne dans la Première Guerre mondiale, puis dans la seconde, ils sont, avec dans une moindre mesure les Bulgares, les grands perdants de la constitution de cette nouvelle Europe.

Un développement hétérogène

L’histoire qui mène les peuples d’Europe centrale et orientale jusqu’au XXe siècle aura été marquée par la soumission pour chacun d’entre eux à des puissances extérieures. Leur niveau de développement économique et social dépend donc partiellement de la place qu’ils ont occupée au sein de ces empires, les pays d’Europe centrale et ceux d’Europe orientale et balkanique ayant à ce titre vécu des expériences très différentes.

Dans le langage courant, les pays d’Europe centrale comprennent la Pologne, la Hongrie et la Tchécoslovaquie, scindée en République tchèque et Slovaquie en 1993. Pour des raisons historiques, il est logique d’y adjoindre la Lituanie, petite sœur de la Pologne et foyer historique de la culture yiddish, ainsi que les deux autres Etats baltes, la Lettonie et l’Estonie, marqués par un passé germanique et nordique. La Slovénie, province historique des Habsbourg, et la Croatie, région traditionnellement hongroise [5], revendiquent également leur appartenance à l’Europe centrale. A l’instar de l’Europe de l’ouest, les pays d’Europe centrale ont participé à l’Europe chrétienne du Moyen-âge, à l’émergence progressive des concepts de nation, de démocratie et de laïcité puis, pour certains d’entre eux, à la Révolution industrielle. Il s’agit de pays à l’histoire riche et ancienne qui ont pu poser les bases de sociétés organisées et de structures économiques performantes, y compris lorsqu’ils étaient placés sous domination étrangère.

Les pays d’Europe orientale et balkanique forment un groupe composé de peuples hétérogènes essentiellement orthodoxes et musulmans, dont les consciences nationales n’ont émergé qu’après la seconde moitié du XIXe siècle. Pendant des siècles, la domination autoritaire exercée par l’Empire ottoman et, dans une moindre mesure, par l’Empire russe ont conduit à reproduire les mêmes sociétés archaïques. Celles-ci sont restées faiblement structurées et construites autour de réseaux tels que la cellule familiale et le village.

Comme l’explique J.-F. Bayart [6], la période précommuniste joue un rôle non négligeable dans la réussite de l’actuelle phase de transition, l’économie de marché nécessitant, outre des règles formelles et un cadre juridique adéquat, des mentalités, des traditions et une rationalité conformes au capitalisme. Contrairement aux pays d’Europe centrale qui peuvent s’appuyer sur une histoire économique, les pays d’Europe balkanique et orientale sont enlisés dans leur processus de transformation économique. Ainsi les Bulgares imputent-ils partiellement la cause de l’impasse économique et politique actuelle aux cinq siècles d’oppression ottomane, qui selon eux détruit la société civile alors pourtant que leur pays jouait au Moyen-Age un rôle dominant parmi les peuples slaves. La Serbie connut le même sort, mais elle obtint une autonomie substantielle dès le début du XIXe siècle. Seule la Roumanie, qui dépendait depuis 1750 davantage de la Russie que de l’Empire ottoman, a pu construire une identité et un développement social ancien et significatif, notamment grâce à la large autonomie de ses provinces de Valachie et de Moldavie [7].

En 1938, la Tchécoslovaquie était le septième pays au monde au classement du PNB par habitant.

La photo à gauche représente une publicité de Singer Bratislava datant du début du siècle.


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[1] Ancêtres des Bulgares, les Protobulgares étaient un peuple parlant une langue turque, mais qui s’est ensuite slavisé.

[2] L’unité de la Roumanie datait de 1862, à la suite de la fusion de la Moldavie et de la Valachie.

[3] La mise en place définitive des frontières a demandé plusieurs années, d’autant que certains territoires avaient vu cohabiter de nombreux peuples pendant des siècles.

[4] Pendant près de quatre-vingts ans, le royaume des Croates, des Serbes et des Slovènes puis la Yougoslavie ont entrepris, sans succès, d’homogénéiser le développement de régions se basant sur des héritages distincts. Aujourd’hui la Slovénie et, dans une certaine mesure, la Croatie ont réintégré l’Europe du centre et de l’ouest avec lesquelles leurs liens sont profondément tissés dans l’histoire, au contraire de la Fédération de Serbie-Monténégro, de la Bosnie-Herzégovine et de la Macédoine, qui furent lourdement influencées par le joug ottoman.

[5] La Dalmatie, région croate bordant la côte adriatique, faisait quant à elle partie de l’empire d’Autriche.

[6] J.-F. BAYART, la Réinvention du Capitalisme, Editions Karthala, 1993.

[7] La Transylvanie présente quant à elle des traits proches des régions de Hongrie, dont elle a fait partie du XIIIe siècle jusqu’à la Première Guerre mondiale.


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